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Fondée le 29 Février 1832,
reconnue d'utilité publique le 23 août 1878

Pierre-André LATREILLE                
1762-1833                             
Membre fondateur                       


Pierre-André Latreille
HISTOIRE de la
SOCIÉTÉ ENTOMOLOGIQUE DE FRANCE


Membres honoraires :
C. Bialic - †J. Leclercq - †G. Boca - †R. Paulian - †J. Carayon - †J. Péricart
J. d'Aguilar - †A. L. Steiner - †P. Viette - †C. Herbulot - A. Crosson du Cormier

Membre bienfaiteur : J. Hamon
LISTES


        C’est sous l’impulsion d’une poignée d’entomologistes parisiens, exactement le  31  janvier  1832 à  20 heures, au siège de  la  Société  Philomathique, rue  d’Anjou-Dauphine  à  Paris, que la décision de créer la Société entomologique de France a été prise. Dès ce moment, les dix-huit membres fondateurs en ont défini et précisé les buts, et ceux-ci n’ont guère été modifiés depuis la création de notre compagnie.
        Malgré l’évolution des recherches entomologiques et la naissance de disciplines nouvelles, les précisions successives qui y ont été apportées à l’occasion des modifications de ses statuts (près d’une quinzaine durant la déjà longue histoire de la S.E.F.), n’ont pas fondamentalement changé les objectifs qui ont présidé à la création de la Société.
        Cette prise de conscience de la grande diversité du monde des Insectes et la nécessité d’en étudier les multiples facettes a été totale dès l’origine, et ce sont surtout les formes rédactionnelles qui ont varié et qui ont souligné les évolutions successives et les objectifs de la Science entomologique.


       En 1832. « Son objet est de concourir aux progrès de l’Entomologie ; elle s’occupe de tout ce qui concerne l’Histoire naturelle des Crustacés, des Arachnides et des Insectes ».

       En 1900. « Son objet est de concourir aux progrès de l’Entomologie en général et d’appliquer cette science à l’agriculture, à l’industrie, aux arts et à la médecine ».

       En 1930. « Elle a pour but de concourir aux progrès de l’Entomologie en général et de provoquer notamment des travaux relatifs à la faune de France et des colonies et d’étudier les applications de cette science à l’agriculture et à la médecine».

      En 1973. « Elle a pour but de concourir aux progrès de l’Entomologie en général, de favoriser la réalisation des travaux sur les faunes françaises et étrangères...  d’approfondir la connaissance des Insectes dans les milieux naturels...  afin de protéger certains biotopes, etc. ».

Dès sa création, autour de Pierre-André Latreille, proclamé à l’unanimité Président d’honneur, de Jean Guillaume Audinet-Serville son premier Président élu, et des membres fondateurs, se groupe une pléiade d’entomologistes et de savants venant d’horizons très divers.
    
C’est même à l’honneur de notre société que d’avoir su fédérer, dès sa naissance, les «scientifiques » professionnels et les « amateurs » qui s’intéressent à l’étude des Insectes. Tous ces passionnés vont concourir, selon leurs capacités et leurs moyens, souvent aussi avec le même enthousiasme, à façonner la renommée qui est la sienne aujourd’hui.

        Le 7 février 1832 le règlement de la jeune S.E.F. fut discuté et le bureau élu.
        Le 29 du même mois, jour de la fondation officielle auprès des pouvoirs publics de l'époque, une première assemblée générale regroupe autour de Latreille trente-cinq sociétaires et douze membres « honoraires », dont quatre étrangers appartenant à des Académies ou des Sociétés savantes de Londres, de Berlin, et de Stockholm. En fait, dès ce moment, la jeune S.E.F. regroupe les forces les plus dynamiques de l’Entomologie française et ses membres, tous animés de la même passion, prennent alors véritablement conscience de l’ampleur de leur mission.
        Dès le début, ces « entomologistes » ont œuvré dans des directions très diverses. A côté de ceux, dont certains sont déjà des « naturalistes-voyageurs », qui vont consacrer leur vie à la recherche et à la description des espèces nouvelles, il y a ceux qui vont construire les bases des classifications naturelles, définir les premiers principes de la Systématique « moderne », et confectionner ainsi les premières monographies.
        D’autres vont plutôt orienter leurs recherches vers la morphologie ou l’anatomie des Insectes. Enfin, il y a aussi ceux qui s’intéressent plus spécialement aux comportements des Insectes, à leurs mœurs, et qui passent une large partie de leur temps à les observer et, éventuellement, à évaluer l’importance de leurs dégâts dans les milieux où ils pullulent.
        Ces entomologistes qui scrutent avec autant de patience et de minutie les Insectes sont, en réalité, sans trop le deviner encore...  les véritables inventeurs de l’Ecologie des espèces et des populations, mot et science qu’ils ne connaissaient pas à cette époque.

       Ainsi, parmi ces premiers sociétaires, il y a déjà des savants de grand renom, des « professionnels » de l’Entomologie ou de la Zoologie, comme par exemple pour n’en citer que quelques-uns parmi les fondateurs les plus connus : Pierre André Latreille (1762-1833), père de l’Entomologie moderne, qui est d’abord nommé « aide-naturaliste » au Muséum de Paris. Il publie de nombreux ouvrages et notamment une « Histoire naturelle, générale et appliquée, des Crustacés et des Insectes » ; vers la fin de sa vie, il succède à Jean-Baptiste de Monet, Chevalier de Lamarck (1744-1829), et il est nommé « Titulaire » de la Chaire de Zoologie, des Insectes, Vers et animaux microscopiques.
        Son successeur, Victor Audouin (1797-1841), actif collaborateur des deux précédents s’intéresse surtout à la biologie des Insectes, mais aussi à l’Entomologie appliquée et il publie une intéressante « Histoire des Insectes nuisibles à la vigne » en 1842. Avec peu de moyens, Victor Audouin a su enrichir considérablement les collections du Muséum national.
        On relève encore parmi nos premiers sociétaires « professionnels », d’autres noms célèbres comme Gaspard-Auguste Brullé (1809-1873), d’abord « aide-naturaliste » au Muséum à Paris, puis Professeur à la Chaire de Zoologie à la Faculté de Dijon, et qui participe à « l’expédition scientifique de Morée » (1831-1835), et en revient avec un grand nombre d’espèces nouvelles et qui, un peu plus tard, établit une remarquable classification des « Névroptères ».
        On trouve aussi Henri Milne-Edward (1800-1885), un des pères fondateurs de la physiologie française, d’abord Professeur de Zoologie à l'École Centrale des Arts et Manufactures, puis Professeur à la Chaire d’Histoire naturelle des Crustacés et Insectes au Muséum à Paris.

        Parmi les « amateurs » éclairés, célèbres par la qualité de leurs travaux et qui étaient présents à la fondation de la S.E.F., on remarque notamment Jean-Guillaume Audinet-Serville (1775-1858), notre premier président élu, qui publie une remarquable « Revue méthodique de l’ordre des Orthoptères » ;
        Monsieur Louis Alexandre Auguste Chevrolat (1799-1884), qui était vérificateur à l’administration de l’octroi de Paris, grand collectionneur de Coléoptères, descripteur de très nombreuses espèces nouvelles ; ou bien encore, Monsieur Jean-Baptiste Alphonse de Boisduval (1799-1879), Docteur en médecine, puis Docteur ès-sciences, naturaliste le plus complet, botaniste, spécialiste des Lépidoptères et notamment  des Zygénides dont il publie, dès 1829, une remarquable monographie ; il s’intéresse aussi aux Coléoptères et à bien d’autres choses encore ; c’est en fait, comme beaucoup de ses contemporains, un travailleur infatigable qui laisse une œuvre considérable. 

        Enfin, il y a tous ceux dont les noms sont aujourd’hui un peu moins connus, ou qui le sont seulement des « spécialistes » qui travaillent dans le même esprit ou sur les mêmes groupes ou familles d’Insectes que leurs aînés.
        Ils sont déjà nombreux à la naissance de la S.E.F., et ils le deviendront bien plus encore quelques années plus tard lorsque la notoriété de notre société grandira et brillera par la qualité des travaux de ses représentants.
        Ce sont pour beaucoup des « amateurs » qui aiment l’Histoire naturelle, et, notamment les Insectes, et qui vont réunir, parfois avec de faibles moyens, de riches collections de référence.
        Ils seront parmi les premiers à dresser les catalogues et les inventaires locaux ou régionaux.
        Ce sont les Rambur (Capitaine de cavalerie), Gougelet (employé à l’octroi de Paris), ou Viard (négociant, Capitaine de la garde nationale), pour n’en citer que quelques-uns pris au hasard parmi les fondateurs de la S.E.F., qui ont apporté, à des degrés divers, avec tous ceux dont la destinée entomologique est un peu plus obscure, une grande part, peut-être la plus riche par sa diversité, de nos connaissances actuelles.

        Durant les douze premières années qui suivent sa création, les membres de la S.E.F. se réunissent dans les locaux de la Société philomathique et rassemblent les premiers éléments de notre bibliothèque.
        En 1844, l'Hôtel de Ville de Paris met à notre disposition un local que la S.E.F. occupera jusqu’en 1865. Puis le siège se déplace encore plusieurs fois, tantôt à la Mairie du quatrième arrondissement, plus tard à celle du sixième.
        Après quelques péripéties, le siège social et la bibliothèque trouvent cette fois asile à l’Hôtel des sociétés savantes, 28 rue Serpente. Elle y restera très longtemps, mais l’exiguïté des locaux, le volume de sa bibliothèque qui augmente rapidement et qui représente déjà une riche part de son patrimoine, vont l’obliger de nouveau à trouver un autre refuge et ce sera cette fois dans une grande salle concédée par l’Institut national agronomique (en 1932), qu’elle s’établira pour y célébrer le centenaire de sa création.
        Les années passent… La S.E.F. grandit et le nombre de ses sociétaires est chaque année plus important. Cette progression constante et surtout la qualité des travaux qui sont régulièrement publiés par ses membres respectifs, assurent maintenant à notre compagnie un rang particulièrement distingué parmi toutes celles qui existent aujourd’hui.
        Enfin, en 1964, la S.E.F. s’installe dans de confortables locaux cédés par le Muséum national d’Histoire naturelle, dans le nouveau Laboratoire d’Entomologie générale et appliquée, qui est alors dirigé par le Professeur Alfred Serge Balachowsky, lequel est aussi un grand protecteur de notre Société.

La Société  Entomologique de France  est une association régie par la loi du 1er juillet 1901.
Elle a été reconnue d’utilité publique par décret du 23 août 1878.

        Fidèles à ses objectifs et à ses traditions, les membres de notre association  poursuivent aujourd’hui, essentiellement avec les cotisations et les dons de ses membres, sans subvention de l'État, mais toujours avec le même enthousiasme, l'œuvre entreprise par ses fondateurs.
        C’est maintenant une société d’un âge respectable qui compte près de six cent cinquante adhérents.
        Chaque année, de nouveaux sociétaires présentés par leurs « parrains » viennent encore grossir les rangs de la S.E.F. qui les accueille toujours avec bienveillance.
        Elle reste toujours, nous espérons qu’elle le restera longtemps encore, un trait d’union essentiel entre les « professionnels » de l’Entomologie et ceux  qui pratiquent cette Science en « amateurs ».
       Tous, face au monde fascinant des Insectes, trouvent au sein de « leur » société un milieu propice à la réalisation de leurs travaux, et elle demeure encore et toujours un lieu de rencontre irremplaçable où leurs idées et leurs expériences contribuent à faire progresser nos connaissances.

Dr. Cl. Girard,              
ancien Président de la SEF.


L’auteur de ce texte s’est très largement inspiré de «La Société entomologique de France de 1832 à nos jours », 
travail publié en 1976 par Monsieur Jacques d’Aguilar, ancien secrétaire général de la S.E.F. de 1965 à 1981.
Il a consulté aussi l’intéressant ouvrage de Jean Lhoste « Les entomologistes français, 1750-1950 ».
En revanche, pour ne pas se laisser trop influencer, il n'a pas voulu utiliser l’excellent et volumineux
travail de Paul de Peyerimhoff « La Société entomologique de France, 1832-1931 », publié en 1932
dans le livre du Centenaire et qui est sans aucun doute la meilleure « mémoire » de la S.E.F.